“L’Avenir des reflets” ou Autant en emporte l’histoire, par Lazare
©Felice d'Agostino
Au Théâtre de la Colline, l’auteur et metteur en scène Lazare s’entoure d’une troupe magnifique pour nous faire voyager à travers les personnages qui ont impulsé la Révolution française, dont les échos, les reflets emplissent l’actualité. En chant et en musique, le verbe haut et l’humour saillant, cette fresque est un voyage au long cours de plus de deux heures, qui ne laisse pas indifférent.

©Felice d’Agostino
Denis Lavant en corbeau noir nommé Marat
Le théâtre de Lazare est un art de la troupe, du texte et de la musique, qui vibre grâce à des comédiens magnifiques dont la personnalité flamboyante emporte tout sur son passage. Denis Lavant, acteur incandescent qui a fait du théâtre sa vie entière, et qui vient de terminer de jouer En attendant Godot de Beckett avec Jacques Bonnaffé sous la direction de Jacques Osinski, s’est glissé tel un charme dans l’habit noir du journaliste et savant Marat, qui fut un médecin et un penseur révolutionnaire, opposé très tôt à l’esclavage. Dans une langue riche et fleurie, Denis Lavant, savant fou ou clown triste, s’attaque aux injustices de tous bords, réclame la réunion des Etats Généraux, tout en cherchant à expérimenter la science du feu. Tiens, voici la flamboyante Olympe de Gouges, femme de lettres éprise d’égalité et de liberté, farouchement attachée aux droits des femmes, incarnée par la splendide Ava Baya, gitane virevoltante qui pénètre partout, au grand dam des Messieurs de la Comédie Française qui refusent à la dame toutes ses pièces. Même à l’époque de la Révolution Française, être une femme de lettres signifiait un dur combat.

©Felice d’Agostino
Molière et La Fayette
Portiques, toiles peintes, estrade en bois, la scénographie ressemble à un bazar enfantin où chacun des personnages, Marie-Antoinette, Louis XVI, Beaumarchais, Robespierre, Molière ou le Général La Fayette, a son moment de gloire. Autour d’eux bruissent les rumeurs d’une foule qui grouille, épie, cherche à comprendre ce qui se passe, où se déclare le feu. Le violoncelle virtuose de Myrtille Hetzel passe du pop au baroque, et la musicienne se transforme en femme de Paris à l’assaut de Versailles, comme sa voisine La Gouzail interprétée par Anne Baudoux. Le chanteur Pierre Thionois assume avec un coffre magnifique le personnage de Louis XVI, tandis que son camarade Gabriel Tur lui oppose un Robespierre et un La Fayette bien trempés, plein de fantaisie. Les scènes s’enchaînent avec un humour caustique et bienveillant, avec des jeux de mots grivois et des calembours. Le pianiste Jérôme Billy et la comédienne Marion Malenfant rivalisent de talent et d’audace dans une fresque qui fait se rencontrer aussi Rétif de La Bretonne, Chérubin et Hamlet, parmi d’autres personnages. Mais à force d’enrichir le propos de personnages et de références, le spectacle finit par épuiser notre attention et à fatiguer notre intérêt. C’est dommage car les acteurs musiciens déploient une verve et une énergie assez phénoménale et ils sont tous ici à saluer chaleureusement.
Hélène Kuttner
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